Le RDV bilan se passait très bien. Vous avez sorti votre plan d'allocation, le prospect a hoché la tête, posé des questions pertinentes. Puis au moment de présenter les honoraires de mise en place — ou les frais d'entrée du contrat — il a serré les lèvres et lâché : « C'est trop cher ».
Réaction n°1 des CGP non préparés : baisser le prix. Réaction n°2 : justifier nerveusement. Réaction n°3 : argumenter sur la valeur sans avoir compris ce que le prospect veut dire. Les trois sont des fautes professionnelles. La bonne réaction tient en une question, suivie de l'une des 4 méthodes ci-dessous.
Décoder l'objection avant de répondre
« C'est trop cher » est une phrase de surface. Elle masque toujours l'une de ces 4 réalités cachées :
- « Je ne perçois pas la valeur » (60 % des cas) — le prospect ne fait pas le lien entre ce que vous proposez et ce que ça lui rapporte/économise.
- « Je n'ai pas le pouvoir de décision » (20 % des cas) — le conjoint, l'associé, le comptable n'est pas dans la boucle.
- « Je n'ai pas confiance » (15 % des cas) — le prospect ne vous croit pas (peur du loup, mauvaise expérience passée, manque de signaux de crédibilité).
- « Vraiment trop cher pour mes moyens » (5 % des cas) — la seule fois où le prix est réellement le problème.
Le piège : répondre par défaut comme si on était dans le 5 %. Donc baisser le prix. Vous vous sabordez dans 95 % des cas.
La question pivot avant toute réponse
Avant d'appliquer une des 4 méthodes, posez systématiquement une seule question :
La question qui révèle la vraie objection
« C'est trop cher par rapport à quoi ? »
Posée calmement, sans agressivité. Avec un silence après. Le prospect va clarifier — et sa réponse vous donne immédiatement laquelle des 4 méthodes utiliser.
Cette question fait deux choses : (1) elle vous donne l'info qu'il vous manque, (2) elle force le prospect à réfléchir à son objection plutôt qu'à la balancer comme un mur. 30 % des prospects, à ce moment-là, nuancent eux-mêmes : « non, en fait c'est pas vraiment trop cher, c'est juste que... ».
Méthode 1 — La reformulation comparative
À utiliser quand le prospect répond « par rapport à un autre CGP » ou « par rapport à ma banque ».
Script
« Je comprends. Pour qu'on parle la même chose : quand vous comparez, vous comparez quoi exactement ? Les frais de gestion annuels ? Les honoraires de conseil ? Le rendement net ? Parce que sur un contrat type, ce qui pèse vraiment sur 10 ans, c'est rarement les honoraires d'entrée — c'est les frais courants. Est-ce que je peux vous montrer le calcul ? »
Pourquoi ça marche : vous déplacez le terrain de la comparaison. La plupart des prospects comparent les frais d'entrée — qui pèsent peu sur le total. Une fois qu'ils voient le vrai calcul (frais de gestion AV banque à 0,85 % vs CGP à 0,55 %, sur 200 K€ sur 10 ans = 6 000 € d'économie), votre tarif paraît trivial.
Méthode 2 — Le coût de l'inaction
À utiliser quand le prospect dit « par rapport à mon budget », « par rapport à mes habitudes », « par rapport à ce que j'imaginais ».
Script
« Je comprends, c'est un investissement. Mettons une chose en perspective : aujourd'hui, votre AV est sur des supports peu performants — disons un rendement net réel de 0,8 %. Sur 200 K€, sur 5 ans, sans rien changer, vous gagnez 8 200 € avant fiscalité. Avec l'allocation qu'on propose, prudente et diversifiée, on vise 3,2 % net réel — soit 33 800 €. Différentiel : 25 600 €. Mes honoraires de mise en place : 1 800 €. Vous voyez l'équation ? »
Pourquoi ça marche : la perte de l'inaction est presque toujours supérieure au coût de l'action. Mais on ne la voit pas — elle est invisible. Votre rôle est de la chiffrer.
Précision pro : utilisez des hypothèses prudentes et précisées comme telles. Vous ne promettez pas 3,2 % — vous expliquez l'écart d'opportunité avec un scénario médian. Toute autre approche serait imprudente déontologiquement.
Méthode 3 — Le découpage et l'étalement
À utiliser quand le prospect a réellement un problème de cash flow (ce sont les fameux 5 % où le prix est le vrai blocage, ou quand le montant ponctuel fait peur).
Script
« D'accord, je comprends. Restons concrets — qu'est-ce qui serait vraiment confortable pour vous ? Si on étale les honoraires de conseil sur 3 versements sur 6 mois — un à la signature, un à 3 mois quand on a la première mise en place, un à 6 mois quand on a fait le premier bilan — est-ce que ça change la donne ? »
Pourquoi ça marche : le prospect ne paie pas moins, mais il paie autrement. Et surtout, vous lui démontrez que vous êtes flexible sur la modalité, pas sur le montant. Vous gardez votre tarif. Vous facilitez la signature.
Cas particulier : les honoraires de conseil indépendants peuvent souvent être réglés via le contrat lui-même (PER, AV via OFP) avec mécanismes de frais sur encours dans certains cas — votre comptable et votre back office vous diront ce qui est autorisé. Mais l'étalement classique sur 3 versements suffit dans 90 % des cas.
Méthode 4 — Le silence qualifié
La méthode la plus puissante. À utiliser quand vous ne savez pas dans quelle case se trouve le prospect, ou quand il a juste lâché « c'est cher » comme une mécanique sans réfléchir.
Script
Le prospect : « C'est cher ».
Vous : « Hmm. » (silence de 4 à 6 secondes, posé, sans rien ajouter)
Le prospect (qui supporte rarement le silence) : « Non parce que vous savez, je voulais juste comprendre ce que ça incluait exactement » / « Bah écoutez, en fait c'est juste que je voulais voir avec ma femme » / « Disons que je m'attendais plutôt à... ».
Bingo. Le prospect vient de vous donner la vraie objection, sans que vous ayez eu à pousser.
Sur 642 RDV analysés, le silence de 4 à 6 secondes après l'objection prix fait passer le taux de signature de 31 % à 49 %. C'est l'un des leviers conversationnels les plus rentables — et il est gratuit. — Polaris Leads, analyse 2024-2025
Pourquoi ça marche : 90 % des objections « c'est trop cher » sont mécaniques, pas réfléchies. Le prospect ne les a pas formulées avec un raisonnement précis. Le silence le force à le faire. Et souvent, en se réécoutant, il se déjuge tout seul.
Ce qu'il ne faut JAMAIS faire
Trois erreurs qui détruisent votre positionnement, votre marge, et votre crédibilité.
Ne JAMAIS baisser le tarif sans contrepartie. Si vous le faites une fois, vous le ferez à chaque RDV, et le prospect lui-même perd confiance — il se dit « si elle baisse, c'est qu'elle pouvait. Donc le vrai tarif, c'est quoi ? ». Le signal de prix est un signal de qualité. Le brouiller vous coûte.
Si vous devez consentir un effort, faites-le toujours en échange de quelque chose : « OK je peux faire 1 500 au lieu de 1 800, mais à condition qu'on signe maintenant et que vous me recommandiez 2 contacts dans le mois ». L'effort doit avoir une contrepartie tangible.
Ne JAMAIS accepter le « non » comme final. Un « non » au premier RDV est presque toujours un « pas maintenant ». Programmez systématiquement un suivi à J+30 et J+90, sans pression. 18 % des prospects qui disent « non » sur l'objection prix reviennent dans les 6 mois.
Ne JAMAIS argumenter le prix sans avoir établi la valeur. Si vous parlez prix avant d'avoir construit la perception de valeur, vous perdez à coup sûr. L'ordre est strict : (1) découverte, (2) projet client, (3) plan d'allocation chiffré, (4) seulement après, les honoraires.
Le plan d'entraînement sur 4 semaines
- Semaine 1 — Enregistrez vos 5 prochains RDV (avec accord du prospect). Réécoutez. Notez à quel moment l'objection prix tombe et comment vous réagissez.
- Semaine 2 — Mettez en place la question pivot (« par rapport à quoi ? ») sur tous vos RDV.
- Semaine 3 — Choisissez 2 méthodes (sur les 4) qui correspondent le mieux à votre style. Préparez vos scripts par écrit. Entraînez-vous à voix haute.
- Semaine 4 — Pratiquez le silence qualifié sur tous les RDV. C'est inconfortable au début. Ça devient naturel après 5-6 essais.
Conclusion
L'objection « c'est trop cher » n'est presque jamais ce qu'elle prétend être. C'est un signal — pas une décision. Votre travail est de la décoder, pas de l'accepter telle quelle.
Les 4 méthodes ci-dessus couvrent 95 % des cas. Maîtrisées, elles vous permettent de signer 50 à 70 % de RDV qualifiés sans jamais avoir baissé un tarif. C'est la différence entre un cabinet rentable et un cabinet qui rame.
Plus de RDV pour entraîner la méthode
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